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Le Lac du CygnePar LTobler :: 05/10/2006 à 5:29 :: Chronique
Le Lac du Cygne C'est en vietnamien le nom de ma Dulcinée du Tonkin, mon épouse. Son père, issu du clan des HO (dynastie qui ne règna que 7 années), ajouta simplement à ce "Ho" un "Thien Nga" qui signifie: "Grand oiseau volant". Il arrive que quelques uns se moquent gentiment d'elle affirmant qu'après tout les oies sont aussi de gros oiseaux volants! La langue vietnamienne (monsyllabique) permet bien des jeux de mots à la manière des Lego. Son père fut un vietminh de la première heure. Il combattit l'occupant dès 1945 et reçut meme une balle dans le cul... au Laos (!) ... tirée par qui, Pourquoi le Laos ? L'homme est mort on ne saura jamais. Le Pouvoir le récompensa en l'envoyant quelques années comme responsable commercial dans les Pays Frères de l'Est europaien. Ma Tonkinoise y passera plus de huit ans et découvrira les saveurs des pommes de terre et du fromage. En ces années on ne limitait pas le nombre d'enfants. Sa mère mit au monde 7 enfants (vivants). Les deux garçons moururent, le premier de maladies infantiles, l'autre se suicidera pour d'obscures et bonnes raisons. Reste cinq soeurs! De retour au Vietnam ma Dulcinée poursuivra ses études et entrera à l'Ecole des langues étrangères ou elle choisira audacieusement l'anglais. Souvent on enverra les étudiants sur les digues pour qu'ils se fassent la "main" au réalité d'un socialisme égalitaire, encore bien à la mode. De faible nature on lui confiera la garde des bicyclettes. Ma compagne est de 14 ans ma cadette mais elle a connu les bombardements et les carnets de rationnement. Parfois on évacuait de la ville femmes et enfants. Ma Dulcinée garde un agréable souvenir de ces séjours forcés chez les paysans des provinces voisines.
Son père placera sa fille, népotisme oblige, fraichement diplomée, dans une société d'état dont il fut un temps l'intègre directeur. Fin des années "80" elle entrera au service d'une compagnie ocidentale. On lui donne 80 USd par mois, une fortune! Mariage, maternité, divorce. Ses années d'ouverture (do moi) lui ont donné un bref espoir mais elle a vite compris que si le Pouvoir transigeait sur une "économie libre de marché à orientation sociale". il ne lachait pas grand'chose sur les libertés individuelles, comme celles d'etre farfelu, atypique ou ces autres qui vous donnent l'envie d'écouter une radio libre ou de lire un journal indépendant. Le Vietnam restera pour longtemps un réservoir à main d'oeuvre bon marché. Pour la créativité... circulez y'a rien à voir! Ma Dulcinée du Tonkin est à la fois moderne et traditionnaliste. Education "à la marxiste" mais curieuse de l'Occident, surtout d'un droit à la différence. Athée mais ne manquant jamais les offrandes à Boudda and Co aux jours-dits. Une Culture pleine de trous, un regard (forcément) tronqué sur l'Histoire. Nous sommes de cette petite bourgeoisie qui vit bien à Hanoi malgré le bruit, la pollution et l'absence d'espaces verts. Après son divorce elle affrontera la méchanceté du voisinage: une Vietnamienne accoquinée avec un étranger, dans les années "90" c'est obligatoirement une "pute" ou une femme "intéressée". Finalement le "village" s'est habitué à nous, sans plus! Elle travaille sur sa Singer made in China comme le faisait sa mère et elle conduit sa petite Kia-Chérie (montée au VN, 11'ooo USd) Elle vit plutot bien son milieu de quarantaine, inquiète pour le devenir de son fils, pleine d'affection pour sa chienne, soignant son mari. Ma Tonkinoise n'a que peu d'illusion sur l'évolution de son pays. Elle se réjouit des progrès apparents, de l'ouverture de nouvelles boutiques mais elle se méfie de possibles crispations d'un régime à la parono somnolente. Elle voyage, l'Inde, la Chine, Singapour, Malaisie, Indonésie, France, Angleterre (ou elle se trouve ces jours), Allemagne, Autriche, Suisse, Italie,... Elle spécule en amatrice espérant que son terrain au sud (Phu Quoc) prenne de la valeur une fois ou l'autre. Autrement elle est une des rares personnes à ne pas tricher en cumulant un job régulier et du business privé à gauche. Elle paie ses impots et meme des assurances sociales dont elle ne pourrait jamais bénéficier le cas échéant... tant la procédure est décourageante. Le projet de ce petit portrait n'est pas de violer la sphère privée mais de tenter de témoigner de la manière dont vit un 5 à 15% des citadins de Hanoi. Dulcinée, séance matinale d'essayage et au zoo avec notre nièce Chi Modernisme et tradition, produits cosmétiques pour le visage et des fleurs pour Bouddha, Marie et quelques dieux taoistes. à suivre L.T.
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